vendredi 10 juillet 2015

Paris : de sa colocation avec Germaine, 95 ans, il a tiré un livre

Paris XIVe, mercredi. De ses deux ans de cohabitation avec Germaine, Mathurin a tiré un livre de souvenirs qu’il dédicacera ce vendredi dans une librairie du XVIe arrondissement.
Mais qu’est-ce qui peut bien inciter un étudiant fraîchement arrivé de province à choisir la « colocation intergénérationnelle » plutôt que l’indépendance ou la colocation entre jeunes ? Inutile de le nier, au départ, c’est par nécessité que Stéphane Audouin, alias Mathurin, s’est tourné vers ce système.
Quand on n’a pas 30 ans, pas d’argent, seulement un diplôme en poche, ce peut être la solution idéale : une chambre au domicile d’une personne âgée en échange d’une présence quotidienne, voire d’un peu d’assistance.
Mathurin a ainsi vécu deux ans chez Germaine, alors âgée de 95 ans. De cette expérience, il a tiré un livre, illustrant avec ses propres dessins des tranches de vie souvent cocasses, jamais mièvres ni trop idéalisées, de la « colocation intergénérationnelle ». Car c’est aussi cela qu’a voulu raconter Mathurin dans « J’habite au troisième âge » (Lemieux, 16 €), un ouvrage qu’il dédicacera ce vendredi dans une librairie du XVIe arrondissement*.
Des moments difficiles
« Je trouvais qu’on montre toujours le binôme idéal dans les médias, avec sorties au cinéma, complicité, joie de vivre, etc., confie celui qui est aujourd’hui directeur artistique dans une société de communication, Mais ce n’est pas toujours ça. Avec Germaine par exemple, une sortie, c’était au mieux un tour de jardin ! Je voulais aussi montrer aux gens tentés par l’expérience qu’il y a des moments supers et des moments tristes, des compromis à faire, qu’il faut pouvoir supporter de voir la personne décliner et supporter la responsabilité morale énorme que nous donne ce contrat. »
Mais la première motivation de Mathurin, lorsqu’il a décidé de rassembler ces « petites scènes que je notais parfois, parce que Germaine avait vraiment de la repartie », c’est « le souvenir ». « Son arrière-petit-fils sera sûrement heureux un jour d’avoir cette trace originale de son aïeule », sourit le jeune homme à qui la vieille dame, disparue à 98 ans, rétorquait en attendant le coiffeur qu’elle n’allait pas se faire une beauté mais « une nécessité ». Elle qui se moquait aussi de la soudaine passion de Mathurin pour le son d’avoine, « ce qu’on donnait aux bêtes quand je travaillais à la ferme ! »
Source : Le Parisien - 16/04/2014